L'Écologie Utile et Positive

Ordinateurs gratuits Ă  l’Ă©cole (Uruguay)

Des ordinateurs gratuits Ă  l’Ă©cole pour intĂ©grer les enfants pauvres en Uruguay.

Une élève apprend à utiliser un ordinateur à 100 dollars à Villa Cardal en Uruguay, le 16 mai 2007, dans le cadre du projet un ordinateur par enfant. Ce projet a été lancé en 2005 par Nicholas Negroponte, le directeur du laboratoire des médias du MIT.

Une élève apprend à utiliser un ordinateur à 100 dollars à Villa Cardal en Uruguay, le 16 mai 2007, dans le cadre du projet un ordinateur par enfant. Ce projet a été lancé en 2005 par Nicholas Negroponte, le directeur du laboratoire des médias du MIT.

A la sortie des Ă©coles, les rues de Montevideo sont pleines d’Ă©coliers portant fièrement de curieuses mallettes d’un vert Ă©clatant. Ce ne sont pas des cartables, mais des ordinateurs portables en plastique, pas plus encombrants qu’un manuel scolaire. La mĂŞme scène insolite se rĂ©pète dans toutes les villes et jusque dans les villages les plus isolĂ©s.

Petit pays de 3,5 millions d’habitants, l’Uruguay est le premier au monde Ă  fournir gratuitement aux Ă©lèves des Ă©coles primaires publiques et aux enseignants cet ordinateur portable. « Une boĂ®te magique », s’exclame Tomas, qui pianote avec enthousiasme sur son clavier, assis sur un banc. A 12 ans, il manie Internet, a créé un blog, et retrouve ses copains sur Facebook.

RĂ©sistant Ă  l’eau, Ă©quipĂ© d’un système Linux avec une connexion sans fil et une Web Cam, le laptop, dĂ©nommĂ© XO, est peu gourmand en Ă©nergie. Il peut fonctionner Ă  l’Ă©nergie solaire et mĂŞme ĂŞtre rechargĂ© manuellement Ă  l’aide d’une manivelle. Il a Ă©tĂ© inventĂ© en 2005 par Nicholas Negroponte, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et prĂ©sident de la fondation humanitaire One Laptop per Child (OLPC, Un ordinateur par enfant). L’ambition d’OLPC, qui bĂ©nĂ©ficie du financement de gĂ©ants de l’informatique, est de distribuer des millions de ces ordinateurs portables, robustes et peu coĂ»teux, aux enfants les plus pauvres de la planète.

Le gouvernement uruguayen a Ă©tĂ© le premier Ă  passer commande, dès 2006. Pour TabarĂ© Vazquez, premier prĂ©sident de gauche Ă©lu de l’Uruguay qui a pris ses fonctions en 2005, cette initiative, baptisĂ©e « plan Ceibal », est un moyen de favoriser l’Ă©quitĂ© sociale aussi bien que l’Ă©ducation. Le prĂ©sident socialiste, qui quittera son poste au lendemain de l’Ă©lection prĂ©sidentielle du 25 octobre, a remis, le 13 octobre, les derniers ordinateurs aux Ă©lèves de 6 Ă  12 ans d’une Ă©cole d’un quartier dĂ©favorisĂ© de Montevideo. Plus de 360 000 ordinateurs portables ont Ă©tĂ© distribuĂ©s ces dernières annĂ©es dans 2 332 Ă©coles. Le prĂ©sident a obtenu que la sociĂ©tĂ© des tĂ©lĂ©communications nationale fournisse l’accès Ă  Internet Ă  toutes les Ă©coles d’ici la fin de l’annĂ©e.

« Le XO favorise l’intĂ©gration des familles », note Juan Morales, directeur de l’Ă©cole n° 157 de Villa Garcia, une zone rurale près de Montevideo. Les 1 200 Ă©lèves du primaire utilisent leur ordinateur pendant les cours, mais peuvent aussi l’emporter chez eux et le partager avec leur famille. « Nous avons formĂ© des dizaines de parents, fascinĂ©s de pouvoir communiquer avec le monde entier, chercher des informations, regarder des photos », se fĂ©licite M. Morales. Il raconte que, bien après la fin des cours, y compris le week-end, des ribambelles d’enfants s’assoient avec leur XO sur le trottoir, devant l’Ă©cole, pour bĂ©nĂ©ficier de la connexion Internet qui n’arrive pas dans les endroits isolĂ©s.

Du cĂ´tĂ© des 42 professeurs, il y a eu des rĂ©ticences. La plupart n’avaient jamais eu d’ordinateur. Proche de la retraite, Juan Salgueiro admet avoir du mal Ă  s’adapter. Le maĂ®tre d’Ă©cole bougonne : « Le gouvernement devrait plutĂ´t investir de l’argent pour rĂ©soudre les besoins nutritionnels de base de beaucoup d’enfants. » Il se plaint des bas salaires des enseignants et rappelle que le XO est plus cher que prĂ©vu : près de 200 dollars.

« La moitiĂ© des enfants en Uruguay vivent sous le seuil de pauvretĂ© », rappelle l’ingĂ©nieur Juan Grompone, qui a participĂ© au lancement du plan Ceibal. A son avis, « le pays ne peut plus compter sur une Ă©conomie essentiellement agricole, il doit se prĂ©parer Ă  la nouvelle Ă©conomie du savoir ». Il considère que l’Uruguay est « le pays idĂ©al pour tester l’efficacitĂ© de cette initiative, car il a une population âgĂ©e et ne compte que 300 000 Ă©lèves dans le primaire ». Les enfants en âge scolaire ne reprĂ©sentent que 10 % de la population. Au BrĂ©sil, dit-il, « ils reprĂ©sentent un habitant sur trois, ce qui rend le projet beaucoup plus coĂ»teux ». En Uruguay, le programme a accaparĂ© moins de 5 % du budget de l’Ă©ducation nationale.

« L’Uruguay est le laboratoire du monde », lance l’ingĂ©nieur. Les premières Ă©tudes montrent un impact Ă©ducatif variable selon le milieu social. Selon M. Grompone, une Ă©valuation prĂ©cise sera possible dès 2011. Une partie des Ă©coliers formĂ©s avec les XO aura 15 ans et se prĂ©sentera Ă  un examen, Ă©quivalent français du BEPC. « Les rĂ©sultats, jusqu’ici mĂ©diocres, devraient s’amĂ©liorer », prĂ©dit M. Grompone. Optimiste, l’Uruguay prĂ©voit, d’ici la fin de l’annĂ©e, l’octroi d’ordinateurs portables aux Ă©lèves de première annĂ©e des lycĂ©es publics et, ensuite, aux Ă©tablissements privĂ©s.

Source : Christine Legrand, Le Monde.fr, édition du 18.10.09

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octobre 19, 2009   No Comments

Wii Fit : Partenaire minceur ?

Le marketing est une science du désir qui sait transformer le futile en vital. Le marketing de la santé est intimement lié aux attentes d’une société, dont les préoccupations bien-être font les choux gras des magazines féminins et art de vivre. Collision prévisible, quand le jeu vidéo se lance sur le créneau fitness, l’activité physique ressemble plutôt à un régime Biba.

Wii Fit est sorti en décembre 2007 au Japon, juste à temps pour les bonnes résolutions, pendant que l’Europe, les Etats-Unis et l’Australie l’ont reçu en avril-mai 2008.

Ces deux mois sont traditionnellement la pĂ©riode oĂą fleurissent les « Perdre 2 kilos en un mois » et « Belle en maillot pour les vacances« . Une pĂ©riode prĂ©-estivale oĂą le consommateur moyen s’aperçoit que l’hiver lui a bourrelĂ© le flanc, et que se dĂ©vĂŞtir risque de lui coĂ»ter son capital sĂ©duction. Avec les beaux jours, la prise de conscience est ainsi renforcĂ©e par des lignes Ă©ditoriales qui rivalisent de miracles Ă  l’assaut du gras.

Nintendo montre en cela un gĂ©nie marketing qui tĂ©moigne d’une parfaite comprĂ©hension de sa cible. Il se positionne en casual, en « occasionnel« . Wii Fit est de fait un programme sportif pour l’occasionnel, qui peut typiquement s’inscrire dans la liste des bonnes rĂ©solutions de l’annĂ©e, mais surtout satisfaire des besoins compulsifs. Wii Fit est un produit d’utilisation ponctuelle qui s’inscrit dans une logique pĂ©riodique et saisonnière bien huilĂ©e.

Mais pour cela, il faut provoquer l’occasion. CrĂ©er l’étincelle qui prescrira l’achat et l’utilisation. En France, Nintendo s’est contentĂ© d’une rhĂ©torique du bon sens, oĂą « une posture inconfortable peut faire mal au dos« . Dans la mĂŞme veine que « mettre sa main au feu peut entraĂ®ner des brĂ»lures« , on prĂŞche des convertis, sans pour autant avancer que Wii Fit est la solution. Il est une solution, un heureux hasard.

En enrobant le tout d’un ludisme attrayant, d’une image familiale et d’un programme de gym douce, Wii Fit a tout pour ĂŞtre l’alternative rĂŞvĂ©e aux sport. Le vrai. Celui qui ne vit que par le slogan « No pain no gain » et inquiète par son masochisme.
Démocratiser l’endorphine, c’est ce que Nintendo tente par une vision aimable de l’effort. Plus saine, plus respectueuse de l’individu.

Sur le plan de l’hygiène de vie, Wii Fit est évidemment un mieux par rapport au sédentarisme et réussir à susciter l’envie de suer est un exploit. Cela ne se fait pourtant pas sans sacrifier aux désirs de gratification immédiate du consommateur, ni sans exploiter ses anxiétés.

La dernière campagne japonaise de Wii Fit, datant de début Janvier, montre des gens se régalant de soupes de nouilles et autres plats typiques. Leur visage rayonne de satisfaction. Puis arrive la sanction de la balance, qui montre à un homme qu’il est en léger surpoids. Celui-ci, fin comme une demi-allumette se palpe le ventre avec hésitation, puis se met à l’exercice sur sa Wii Balance Board.

C’est ici que Wii Fit se dĂ©marque complètement du marchĂ© vidĂ©oludique, pour emprunter des codes propres Ă  la presse et au marketing. Jouer sur la culpabilitĂ© et les complexes de l’audience se rapproche des mannequins aux poutres apparentes qui squattent les pages de PimbĂŞche Actuelle. On est Ă  la limite sĂ©mantique entre le plaisir et la gourmandise dans le sens « pĂŞchĂ© » du terme.

Le cycle des campagnes a lui aussi assimilé les périodes de purge prônées par la Presse et les médias mainstream. Au-delà de l’achat impulsif motivé par la hype, Wii Fit justifie sa quasi-nécessité par l’entretien régulier d’une hygiène de vie.
Une réalité tordue qui s’oppose à la vocation évènementielle de son utilisation. Après les fêtes, avant la plage, pour la rentrée. Jusqu’à la fin du calendrier.

En pratique, Wii Fit est incapable d’estimer l’épaisseur de votre couenne. Bien que la Balance Board puisse deviner votre centre de gravité, elle ne calcule que votre Indice de Masse Corporelle (IMC) en fonction du poids qu’elle enregistre et de la taille que vous lui communiquez.
La formule de cet indice, qui détermine si le rapport taille/poids se trouve dans la moyenne fait abstraction du taux de graisse de votre organisme.

Par exemple, Monsieur X et Monsieur Z peuvent faire le même poids pour la même taille, mais bien que les deux soient en surpoids selon leur IMC, l’un des deux peut être un sédentaire grassouillet et l’autre un sportif confirmé.
Le muscle pèse bien plus lourd que la graisse, ce dont la Balance Board, comme n’importe quelle balance à 20€ chez Darty, fera abstraction. Le jugement à la louche de la balance board renvoie une image erronée, voire négative, du corps.


Ce qui finalement, invalide toutes les bonnes intentions de Wii Fit. Il n’en devient plus qu’un prétexte pour casser la sédentarisation, éventuellement (re)donner le goût de l’effort, mais sculpter son corps et décrasser son hygiène de vie n’est qu’une douce utopie. Celle-là même qui veut faire croire à la ménagère qu’elle rentrera dans son petit 36 en se gavant de pamplemousse.

Dans la recherche d’une vie plus saine, Wii Fit est donc un facteur d’amélioration, mais qui se révèle infime en comparaison des autres. Une meilleure alimentation, des cycles de sommeil plus réguliers, plus de légumes, plus de lumière naturelle. Et peut-être arrêter de fumer.

En dépit de son efficacité plus que relative, Wii Fit est toutefois un repère important dans l’évolution du jeu vidéo et dans sa quête de popularité consensuelle. Pour y parvenir, il s’est inspiré des mécanismes de communication qui régissent la diététique de bazar des magazines. Il a compris avec une insolente intelligence comment et quand se manifester.

Wii Fit est un phénomène de société au sens le plus pur, né de de nos complexes et aspirations. Il répond à nos angoisses, avec son sourire
de VRP et ses recettes de charlatan.

Quatre-vingt-dix euros la bouteille, approchez, approchez !

RĂ©fĂ©rence: Avec l’autorisation de Fluctua.net

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janvier 23, 2009   No Comments

Conférence de Monsieur Charles Caouette (2003)

« Charles Caouette, avant tout grand humaniste, est professeur en psychologie de l’Ă©ducation Ă  l’UniversitĂ© de MontrĂ©al. ConfĂ©rencier très recherchĂ©, il est reconnu internationalement pour ses travaux et ses positions sur l’enfance inadaptĂ©e, le dĂ©crochage, l’Ă©ducation en milieu dĂ©favorisĂ© et, enfin, le mouvement alternatif en Ă©ducation. En 1974, il fondait l’Ă©cole alternative Jonathan, pionnière des Ă©coles publiques alternatives au QuĂ©bec. »

De plus en plus de parents et d’enseignants se questionnent sur les enjeux et le devenir de l’Ă©ducation. En quoi le système Ă©ducatif alternatif saura rĂ©pondre plus adĂ©quatement aux besoins et aux aspirations des familles qui ont choisi cette voie plutĂ´t que le circuit traditionnel ?

C’est sur ce thème qu’est intervenu Charles Caouette Ă  la Fourmilière samedi 26 novembre 2003 en matinĂ©e, au cours d’une confĂ©rence unanimement apprĂ©ciĂ©e par l’assistance. Avec beaucoup d’humour, il a su captiver son auditoire et a confirmĂ© sa rĂ©putation de grand confĂ©rencier en s’aidant d’une estrade pour compenser sa modeste taille.

Soulignant d’entrĂ©e les besoins de rĂ©alisation psychologique de chaque individu : trouver et donner un sens Ă  sa vie, rechercher un sentiment profond et stable d’unitĂ© intĂ©rieure, se sentir en relation et en harmonie avec les autres hommes, il prĂ©cise que l’Ă©cole, loin de rĂ©pondre Ă  ces besoins de transcendance (ce qui devrait pourtant ĂŞtre sa vocation) les occultent et pousse plutĂ´t les jeunes soit au dĂ©crochage, soit Ă  la rĂ©signation. Rapports artificiels d’individualisme, de compĂ©tition, voire d’intolĂ©rance relative, exclusion, marginalisation… Ce manque de vision globale dont l’Ă©cole fait preuve, traduit une philosophie incohĂ©rente et une absence de regard critique sur les bouleversements actuels de la sociĂ©tĂ©, ce qui entraĂ®ne des rĂ©ponses inadĂ©quates aux dĂ©fis auxquels elle est confrontĂ©e.

Le QuĂ©bec dĂ©tient le triste record des pays dĂ©veloppĂ©s de suicide chez les jeunes, le taux alarmant de dĂ©crochage scolaire (50% d’abandon avant le sec.V, 30% du personnel enseignant frappĂ© de dĂ©couragement) remettent particulièrement le système pĂ©dagogique actuel en cause, car il s’appuie sur l’uniformisation de l’Ă©ducation, l’indiffĂ©renciation des individus et créé un fort sentiment d’anonymat et de dĂ©personnalisation chez les jeunes.

Le type d’Ă©valuation actuel des Ă©lèves, tel qu’il est appliquĂ© dans les Ă©tablissements publics traditionnels, entretient l’illusion que le contenu est acquit durablement, alors qu’il est largement reconnu que ces connaissances sont fixĂ©es très peu de temps dans la mĂ©moire Ă  court terme des Ă©lèves, avant d’ĂŞtre oubliĂ©es rapidement en grande partie.

Il faudrait, pour qu’une pĂ©dagogie appliquĂ©e soit efficace, que les enseignants s’adaptent aux cycles naturels d’apprentissage des enfants et non l’inverse qui consiste actuellement Ă  essayer de programmer, de formater les enfants en leurs imposant une discipline d’apprentissage contraignante, un environnement inadaptĂ© Ă  leurs besoins qui Ă©touffe leur crĂ©ativitĂ© et leur spontanĂ©itĂ©. Mais, pour les enseignants, c’est peut ĂŞtre dĂ©concertant, voire dĂ©stabilisant de remettre leurs pratiques et leurs certitudes en cause, d’accepter d’introduire une part d’improvisation, de lâcher prise pour leur permettre d’observer les enfants plutĂ´t que les diriger, car ce processus ne suit pas forcĂ©ment la logique linĂ©aire et rigide du programme scolaire Ă©tabli, ni du mode d’Ă©valuation du système pĂ©dagogique classique, c’est une des raisons principales qui font que le statu quo est si durable face aux causes du problème qui sont pourtant clairement identifiĂ©es.

Pour le confĂ©rencier, la multiplication des rĂ©formes ne fait que tranquilliser le lĂ©gislateur sans pour autant s’attaquer Ă  l’essentiel du problème : c’est Ă  l’application de nouvelles valeurs, de nouvelles attitudes que l’Ă©cole et plus particulièrement le système Ă©ducatif doit s’attacher Ă  instaurer et promouvoir.

Se servant de la parabole des dominos, selon laquelle il suffit de mettre la première pièce en mouvement pour que les autres enchaĂ®nent l’action, le confĂ©rencier estime que les ĂŠtres humains doivent se relever, se tenir debout, chaque effort sera important et nĂ©cessaire afin de faire Ă©voluer la situation

La mission de l’Ă©ducation devrait ĂŞtre consacrĂ©e Ă  la formation d’ĂŞtre humains autonomes, libres, conscients et engagĂ©s, responsables de leur vie et non pas seulement orientĂ©e vers les seuls besoins immĂ©diats de l’industrie et du marchĂ© de l’emploi, comme c’est trop souvent le cas, malheureusement. Et ce dĂ©sir de vouloir changer la sociĂ©tĂ© pour un monde meilleur n’est pas plus du domaine de l’utopie, que la volontĂ© de vouloir conserver celle-ci dans l’Ă©tat actuel de crainte, d’injustice qui gouverne les relations entre les humains !

Dans le monde, beaucoup de jeunes se cherchent une mission, ce qui peut amener ceux-ci Ă  s’investir dans des causes parfois extrĂŞmes. Les adolescents ressentent avec une intensitĂ© particulière ce sentiment et souvent, leurs rĂ©voltes constituent l’expression d’un puissant dĂ©sir de participer Ă  la construction de leur sociĂ©tĂ©. Cette manière de s’affirmer tĂ©moigne de leur besoin de communiquer coĂ»te que coĂ»te, de prendre la place qui doit leur ĂŞtre rĂ©servĂ©e. C’est dans un tel contexte de carences d’idĂ©aux, de manque de projets de sociĂ©tĂ©, que s’insère le quotidien des jeunes gĂ©nĂ©rations actuelles, aggravĂ© par un certain fatalisme cynique ambiant, de plus en plus astreint Ă  la logique implacable de la rentabilitĂ© immĂ©diate.

Dans ce domaine, l’Ă©cole alternative reprĂ©sente la rĂ©ponse idĂ©ale. Elle s’adapte avec beaucoup plus de souplesse au contexte Ă©ducatif elle personnalise l’intervention en Ă©tant davantage centrĂ©e sur l’enfant, elle favorise l’initiative et la crĂ©ativitĂ©, suscite la motivation intrinsèque et l’intĂ©gration des savoirs.

Les Ă©coles alternatives favorisent l’autonomie tout en soulignant les responsabilitĂ©s individuelles et collectives de l’Ă©lève au sein de la communautĂ© et le prĂ©pare Ă  la nĂ©cessitĂ© de cohĂ©rence et de planification qui doit caractĂ©riser ses actions. Le but ultime de leur mandat n’est pas seulement de faire de nos enfants des consommateurs satisfaits et quelques peu silencieux du système dans un proche avenir, mais au contraire de devenir les bâtisseurs d’une nouvelle sociĂ©tĂ©, celle-lĂ  mĂŞme qui saura s’approprier le pouvoir collectif qu’il est urgent d’exercer ici et maintenant, sans plus attendre.

Les Ă©coles alternatives qui sont intĂ©grĂ©es au système public d’Ă©ducation ne doivent pas se fondre dans l’ensemble, mais au contraire cultiver leurs diffĂ©rences : en entretenant leur caractère spĂ©cifique elles se doivent, au contraire, d’ĂŞtre dĂ©rangeantes afin de susciter le questionnement et la prise de conscience Ă  tous les niveaux du système pĂ©dagogique.

Il est sans doute pertinent de se questionner sur la nature de nos relations avec nos enfants et sur les prioritĂ©s des besoins communs favorables Ă  une croissance harmonieuse : l’absence de relations significatives entre jeunes et adultes et entre adultes eux-mĂŞmes, la poursuite effrĂ©nĂ©e du bien ĂŞtre matĂ©riel responsable de l’Ă©clatement d’une certaine stabilitĂ© de la cellule familiale n’a t’elle pas lentement provoquĂ© une carence de communication et une dangereuse perte de contact affectif ?

Il est de l’intĂ©rĂŞt des adultes de prendre en charge leur destinĂ©e et de ne plus laisser les autres individus prendre les dĂ©cisions Ă  leur place (M. Caouette a citĂ© les taux prĂ©occupants de participation aux dernières Ă©lections scolaires) il est d’autant plus urgent pour les parents responsables de montrer l’exemple d’adultes cohĂ©rents, critiques, attentifs et toujours prĂŞts Ă  s’investir pour une bonne cause dans la sociĂ©tĂ©, dans l
e domaine communautaire ou humanitaire.

En rĂ©sumĂ©, pour responsabiliser un enfant, il faut lui laisser une rĂ©elle autonomie, en lui permettant d’expĂ©rimenter et de maĂ®triser les responsabilitĂ©s, les droits et les devoirs qu’implique cette autonomie. L’ouverture aux autres cultures et sociĂ©tĂ©, l’implication pour la solidaritĂ© la justice et la paix dans le monde sont des idĂ©aux que devrait soutenir l’Ă©cole, et Ă  plus forte raison les Ă©tablissements alternatifs qui se doivent d’ĂŞtre les pionniers de toutes initiatives dans ce domaine… Nous avons, nous adultes, la responsabilitĂ© d’engagement et d’exemple Ă  suivre !

Comme le dit Charles Caouette, ne nous privons pas d’un geste en pensant qu’il sera trop dĂ©risoire pour ĂŞtre significatif ; pensons au domino et rĂŞvons d’ĂŞtre ceux par qui viendra le changement.

Écrit par: Michel Mougenot – Saint JĂ©rĂ´me (QuĂ©bec), dĂ©cembre 2003

Charles Caouette est l’auteur de « Si on parlait d’Ă©ducation. Pour un nouveau projet de sociĂ©té» (MontrĂ©al, VLB Éditeur, 1992.), et « Éduquer pour la vie !» MontrĂ©al, Éditions ÉcosociĂ©tĂ©, 1997, 171p.

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dĂ©cembre 8, 2003   No Comments